Le Meurice

Dîner du mercredi 9 avril 2008

Personnellement, il m’aura fallu quelques jours pour me remettre de ce dîner au Meurice.

Un tout grand dîner, un magnifique moment de gastronomie et partage entre amis. Un dîner longuement attendu et qui a répondu voir même dépassé nos attentes.

Avec un budget de départ de 3100 euros pour 7, soit notre cagnotte de 10 soirées de poker entre amis, on peut commencer à s’amuser. Et je me suis beaucoup amusé à préparer ce dîner. Dans le choix du menu, dans le choix des vins, dans le respect du budget.

Concernant le menu, je suis parti avec le menu dégustation actuel comme base de travail. J’y ai apporté quelques modifications qui ont été acceptées sans supplément… beau geste que nous avons apprécié.

Pour les vins, après avoir downloadé la carte des vins qui est en ligne sur le site du Meurice, j’ai pris le temps de la parcourir en long et en large afin d’identifier les bouteilles qui nous feraient plaisir. Etant 7 convives, le menu comportant une séquence de 8 plats, je suis donc parti sur une bouteille par plat, rythme très correct à 7. Mon objectif était double : s’offrir des bouteilles accessibles tout en se faisant plaisir, proposer des accords intéressants et/ou originaux sans pour autant rechercher l’accord parfait. 30 minutes d’échange téléphonique la veille de notre dîner avec Sébastien, sommelier, me convaincront dans mes choix. A J-1 tout est prêt pour le festin du lendemain !

20h. Avec Nagib et Laurent, nous sommes les premiers arrivés et installés dans ma magnifique salle à manger du Meurice. Le lifting opéré en fin 2007 sous la houlette des Starck est absolument réussi. Si les lustres, les dorures et marbres sont restés (et encore heureux), le mobilier, les luminaires de table, la vaisselle ont subi de profonds changements. L’atmosphère est nettement plus chaleureuse qu’avant, et l’ambiance générale beaucoup plus contemporaine, dans son temps. Personnellement, j’apprécie énormément.

 

20h30. Xavier, Vincent, Khaled et enfin Samir sont arrivés, nous sommes 4 de GoT sur les 7 convives joueurs de poker. Le service est d’emblée au top : pour patienter, on nous propose quelques petits amuses-gueules.

Très vite nous constatons qu’ici plus qu’ailleurs, on se soucie de notre confort à table, on se sentait attendu à vrai dire. Cela fait plaisir.

Nous entamons alors le menu avec une première mise en bouche en fraîcheur sur le concombre, très agréable.

Pour l’apéritif, j’avais choisi un champagne « de base » que j’aime particulièrement, un Jacquesson Cuvée 729.

Alors que nous attendions la première entrée prévue au menu, c’est une petite surprise « pour patienter » qui nous est offerte par le chef et son équipe :

Asperges vertes du midi en chaud-froid de saumon fumé, petits blinis aux condiments et aux grains de caviar

Ah, ce repas commence on ne peut mieux, d’autant qu’il reste encore quelques gouttes de champagne à marier avec le caviar et le saumon… un beau mariage aux notes fumées, iodées…

Fins coquillages ouverts à cru au corail d’oursin, gelée de molette de chou rouge aux baies de genièvre

Riesling Grand Cru « Hengst » 2001, Domaine Josmeyer

Premier grand moment en ce qui me concerne… le succès de ce plat réside dans la qualité des produits et le dosage de leur assaisonnement. C’est juste parfait. L’accord avec le Riesling fonctionne bien.

Fagottini fourrés au céléri fondant, truffe noire, copeaux de lard fondus et jus d’herbe

Domaine de la Grange des Pères 2004, Vin de Pays de l’Hérault, L. Vaillé

A l’unanimité, un plat fabuleux, offrant un contraste magnifique entre la douceur et le fondant des fagottinis au céléri et le jus d’herbes avec les copeaux de truffes… Un très grand plat.

Sur le vin, c’est probablement l’accord le moins évident. Mais je voulais ma Grange des Pères en blanc… et avec le sommelier, on s’était dit que c’était le plat pour l’associer. Un vin puissant, riche, gras, généreux, qui ne passe pas inaperçu. L’ensemble de la table a adoré : un accord certes mitigé mais un grand plat à ma gauche, un grand vin à ma droite : match nul, ex-aequo.

Grosses langoustines cuites au naturel, rapée de pomme verte et lait fermenté au sarazin

Puligny Montrachet « Les Combettes » 2002, L. Carillon

Ces langoustines sont des bêtes de compétition. Cuisson parfaite, magnifiques en goût. Le plat s’arrête cependant là car contrairement aux autres mets de ce menu, rien de surprenant ni de quoi s’exclamer. Vient alors le vin… et là, wow, l’accord est parfait. Ce Puligny, déjà bu et donc moins surprenant apporte la rondeur et le gras nécessaire à la fraîcheur du plat. Un magnifique moment…

Homard bleu cuit sous le grill et arrosé de beurre fondu au gingembre, pointes d’asperges au jus de carcasse iodé, les pinces à la mayonnaise de corail

Meursault « Les Chevallières » 2003, J-F. Coche Dury

On monte encore en puissance : ce homard et ces asperges qui l’accompagnent sont sublimes, la mayonnaise de corail est fantastique en texture et goût. L’association avec le Coche Dury est sensationnelle, délivrant sa puissance, ses parfums, se mariant à merveille… Un moment inoubliable, et pas seulement pour moi : pour la table entière…

Noix de ris de veau croustillant au sautoir, cheveux d’ange à la crème truffée, jus tranché à l’eau de noix

Vosne Romanée 2000, Domaine Méo-Camuzet

Incroyable mais vrai : on monte encore d’un cran sur ce plat avec ce qui s’avérera à l’unanimité comme LE plat de la soirée. Pas tant dans le côté surprenant de ce plat qui associe finalement des produits relativement classique et « déjà vus », mais simplement par la qualité des cuissons et produits eux-mêmes. Que dire quand c’est excellent ? … rien si ce n’est savourer et profiter de chaque bouchée. Ce que nous avons religieusement fait.

Le Vosne Romanée Méo Camuzet est un très bon partenaire de jeu pour le ris de veau, plutôt souple et gouleyant, il offre une belle rondeur, pas trop puissante, qui vient bien soutenir le plat.

Melba au beaufort d’alpage et genièvre, délicate gelée pimentée

Cornas, 1996, A. Clape

Le problème (enfin, y’à pire comme problèmes… :o) avec notre bande de joyeux drilles, c’est que je suis en minorité flagrante sur mes goûts en vin pour accompagner un fromage. Je n’ai donc pas chercher à faire sensation avec un Chateau Chalon 1991 qui m’aurait bien tenté, me rabattant sur un second rouge, et pour l’occasion, un Cornas de chez Clape. Allez savoir pourquoi, mais je suis dans ma période « Cornas » et voulais déguster ce flacon produit par cet illustre vigneron dans un millésime tout aussi célèbre.

Sébastien, le sommelier, m’avait alerté la veille sur la typicité de ce vin sur ce millésime. Plutôt curieux de nature, je confirme finalement ce choix et il faut avouer que si l’association avec le beaufort n’était pas des plus évidente, ce vin était des plus intéressants. Certains le trouveront parfait, d’autres lui reprocheront son manque de maturité, un vin assez tendu, aux senteurs complexes, fumées, de fruits rouges, même menthe… Pour ma part, je suis plutôt partant pour le laissir vieillir encore quelque peu mais le boire ce soir était déjà un énorme plaisir me concernant.

Gelée de concombre aux perles de citron et à la fleur de bourrache, dans une coque de chocolat blanc, sirop poivré

Vouvray Moelleux « Le Haut Lieu » 2003, Domaine Huet

Excellent premier dessert !! L’association chocolat blanc et concombre est bluffante à souhait. Léger, goûteux et techniquement recherché, un plat de grande qualité. Encore une valeur sûre pour le vin de dessert, j’avais hésité avec un Chidaine mais en l’absence de bouteille en cave, ce Vouvray de chez Huet s’avérera un excellent compagnon de fin de repas.

Poire juteuse rafraîchie à la vanille, fondant au chocolat et tuiles beurrées

Vouvray Moelleux « Le Haut Lieu » 2003, Domaine Huet

Oups, photo oubliée… dommage, ce dessert arborant des associations de saveurs « classiques » se présentait sous une certaine originalité. Puisque vous ne le verrez pas, on va juste vous dire que c’était une nouvelle fois très réussi.

Quelques mignardises


 

La fin de repas approche, le chef Yannick Alleno s’est déjà inquiété à deux reprises de notre bien-être… nous lui avons confirmé tout le plaisir que nous avions pris sur ce menu. Un menu sur mesure qui pour moi rentre dans mes 10 meilleurs repas gastronomiques. Des produits exceptionnels, des cuissons millimétrées, une technique impressionnante et maîtrisée, un vrai grand repas valant clairement les 3 étoiles.

Il faut avouer que les vins ont largement contribué à notre plaisir. De tels flacons, qui restent cependant en entrée de gamme des grands vins de la carte, ne laissent pas insensibles les modestes amateurs que nous sommes.

Nous pousserons même notre douce folie jusqu’à prolonger notre plaisir en commandant quelques digestifs et autres vins de desserts… Parmi ces digestifs, un Cognac Lhérault de 1914… Laurent s’est fait plaisir… le genre d’alcool qu’on ne boit peut-être qu’une fois dans sa vie ? :o)

Mais nous ne serions pas complet en touchant quelques mots du service. Parfait à tout point de vue, nous n’avons non seulement manqué de rien mais nous avons réellement senti le personnel de salle impliqué dans notre repas au-delà de ce qu’on peut rencontrer habituellement. Il n’y avait qu’au Cinq que j’avais connu cela auparavant.

Présent sans encombrer, ouvert sans s’imposer, les échanges furent nombreux, notamment en fin de repas avec Wilfried Morandini, le directeur du restaurant. Amusant de constater qu’ils avaient consulté notre blog (petit moment d’auto-flatterie :o) … ce qui nous emmena dans de longues discussions gourmandes et gastronomiques jusqu’en fin de soirée.

1h30 du matin. Nous sommes les derniers encore à table, temps pour nous de quitter les lieux, non sans remercier une dernière fois le personnel de salle.

Après une telle soirée, une petite claque quand même pour moi qui ne m’attendait pas à un tel niveau culinaire… 3 étoiles amplement méritées pour ce Meurice qui peut se comparer sans crainte au niveau de l’assiette avec les Bras, Gagnaire ou Roellinger.

Groggys dans le taxi, le retour est des plus calmes … les lendemains de fête se ressemblent : on pense au repas,  on revisite les lieux, les noms des vins raisonnent encore…

Une belle soirée de plus, qui donne envie de jouer au poker pendant encore un an…

Laurent V

8 commentaires

  1. Le menu dégustation semble en perpétuelle évolution ! J’y avais dîné il y a un mois (http://eric.cabrol.free.fr/dotclear/index.php/2008/03/29/655-alleno-au-meurice), et peu de plats s’y retrouvent … Parmi les rares qu’on a eus en commun, les fagottini sont sans doute mes préférés. L’entrée sur les asperges m’avait en revanche un peu déçu.

  2. En fait, ayant consulté votre blog (très sympa par ailleurs :o), j’avais demandé à remplacer les asperges par les coquillages (et on a eu les 2 .. :o), j’avais aussi demandé à remplacer les saint-jacques par les langoustines de même que la sole par le homard. Et pour finir, j’ai fait un petit changement sur le dessert chocolat./coco.. :o)… donc pas de réel renouvellement en si peu de temps au final mais plûtôt une flexibilité et envie du chef à faire plaisir et satisfaire : point à souligner puisque tout cela sans supplément… :o)

    J’ai lu que vous hésitiez avec Gagnaire et Barbot… ca peut se comprendre – les 3 sont de réelles expériences et cuisines à part entière, valant les 3 leurs 3 macarons. Reste à faire les 2 autres maintenant … :o)

  3. ça laisse rêveur!
    vous faites du poker par équipes ;)?

  4. :o) … on se fait plaisir à 7 avec 10 sessions étalées sur 1 an… mais on est ouvert à des rencontres par équipes si nombre de joueurs suffisants en face :o)… tout prétexte est bon pour se faire une bonne table…

  5. C’est donc çà « l’excellence » ? … C’est magnifique, quelle maîtrise (la gelée de concombre m’attire beaucoup !), et les produits… jamais vu un ris de veau pareil ! J’ai consulté la carte, ça fait mal, des entrées à 70€, des plats à… ça selectionne bien la clientèle, mais ça laisse peu de chances aux jeunes cuisiniers et autres apprentis de se faire une idée d’un 3 macs… dommage…

  6. Clair que ce n’est malheureusement pas à la portée de toutes les bourses… mais ce n’est pas spécifique au Meurice : L’Arpège, Gagnaire et autres Savoy proposent des tarifs à la carte et menu relativement similaire voir plus élevés comme chez Gagnaire par ex.. mais c’est Gagnaire.. :o). Seul L’Astrance reste un niveau en dessous côté tarif mais pas de carte, le menu dégustation unique est proposé à 170€ (ou 190€ ne suis plus certain). Un bon moyen peut être le menu déjeuner où avec les mises en bouche, les pré-desserts et mignardises, on peut quand même s’offrir un excellent moment dans un 3*, sur un menu offrant à minima Entrée/plat/dessert : 90€ eu Meurice, 105€ chez Gagnaire (avec une déferlante mises en bouche) ou 100€ par internet chez Savoy (pour info 80€ aux Ambassdeurs mais qui affiche 2 macs). Chez Passard, menu déjeuner à 130€ mais propose d’avantage de service, ce qui peut justifier l’écart de prix et devient intéressant. A nouveau l’Astrance reste l’un des plus accessibles avec un menu déjeuner flirtant avec les 80€.

  7. évidemment je connais les charges qui leurs incombent et je pense que les prix sont justifiés ( à part chez Passard car les conditions de travail du personnel de cuisine sont à la limite de l’acceptable…), par le nombre de personnel, la qualité du produit, et tout ce qui en fait des maisons d’exceptions. L’Astrance reste en effet celui qui pour moi (avec Bras) propose les meilleurs rapport qualité/prix/prestige.

  8. j’y etais hier, mon CR arrive, menu affaire et un petit plus avec ce dessert au concombre qui est une grande réussite.

    s.


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