L’Agapé

Dîner du 2 septembre 2008

Inutile d’y aller par 4 chemins, l’Agapé sera certainement la découverte parisienne de l’année me concernant.

Ouverte en mars dernier, cette adresse a déjà reçu les éloges de pas mal de critiques et bloggeurs amis ou « influents » – tiens cà me rappelle quelque chose🙂 et il me tardait de la visiter à mon tour.

Ce fut donc chose faite ce mardi 2 septembre, date coincidant avec la réouverture du resto après congés.

Qui dit réouverture dit souvent nouvelle carte et cela nous fut confirmé dès notre arrivée. Accueil très cordial, nous sommes installés à une belle petite table ronde en bordure de fenêtre.

Le restaurant n’est pas très grand, une trentaine de couverts peut-être. Décoration sobre et contemporaine, dans les tons beiges et bruns, sièges confortables, nappage blanc, superbe vaisselle (ah ces carafes, elles décorent la salle à elles seules…).

Le personnel de salle quant à lui est d’une gentillesse extrême, sous la direction de Laurent Lapaire (ancien Directeur de salle de l’Arpège) et Olivier Le Franc, assurant un service de qualité, convivial et communicatif comme on l’aime tout en assurant sa tâche avec professionalisme. En cuisine oeuvre Bertand Grebaut, un ancien de l’Arpège également.

La (nouvelle) carte du jour nous est donc présentée : sur la gauche, les plats à la carte (4 entrées, 4 plats principaux, 3 desserts), sur la droite les menus (déjeuner à 39€, Agapé à 77€ et Carte Blanche à 110€).

Etant là pour se faire plaisir, nous décidons de faire confiance au chef lui laissant carte blanche.

Pendant que nous dégustons une coupe de rosé Billecart-Salmon en apéritif, place à la carte des vins, très fournie et couvrant l’ensemble des régions françaises. Poursuivant sur notre lancée, on commande un Puligny-Montrachet Clavoillon 2004 de chez Leflaive, un vin qui se révélera comme attendu excellent et accompagnera merveilleusement ce repas :

Mise en bouche

Un velouté de petits pois (si mes souvenirs sont bons), à la texture onctueuse, voir même épaisse. Très agréable et bonne entame.

Bar de ligne cru, radis vert et vinaigrette ponzu

Comme l’ensemble des plats servis dans ce menu, ce sont des réalisations nouvelles qui sortent de cuisine et pour cette première entrée, on part sur des saveurs brutes, directes, mais manquant un rien de puissance, de relief. La qualité du bar est top, nous pensons que le chef pourrait avoir la main plus lourde sur l’assaisonnement et la quantité de vinaigrette. Mais voilà un plat qui a du potentiel et réjouira les amateurs de cuisines aux influences « japonisantes » (dont nous faisons partie…).

Terre et Mer, dormeur et betterave au citron vert

Après un décollage en douceur, on arrive ici en rythme de croisière. Un plat juste superbe. Visuellement parlant, mais aussi gustativement. La chair de tourteau est fraîche et bien assaisonnée, les lamelles de betterave complètent ce plat en apportant douceur et un léger croquant. Un plat que j’ai personnellement beaucoup aimé.

Velouté maraîcher, écume de saison

L’automne est proche et ses premiers produits font leur apparition. Velouté au potiron, éculme de chataignes. Certes cela peut paraître simple et peu recherché, mais on est ici dans une démarche de restitution du produit, de son goût et l’objectif est atteint. C’est onctueux, moins épais que la mise en bouche, léger, aérien, et surtout, goûtu.

Oeuf de poule fumé au bois de hêtre, cèpes et Pata Negra

A nouveau, visuellement, un plat qui n’en jette pas des tonnes, toujours cette volonté de faire simple et mettre en avant le produit. Ici, c’est un oeuf fumé au goût très subtile et des cèpes persillées et justement cuites qui offrent un mariage réussi. Les fines lamelles de Pata Negra aggrémentent gentillement ce plat. Très bon.

Pêche de petit bateau des côtes bretonnes, émulsion de maïs au cumin, poivrons confits

Probablement le meilleur plat de ce menu, juste devant le dormeur : une cuisson parfaite, une chair nacrée qui s’effeuille et démontre sa fraîcheur. Le tout enrobé d’une fantastique émulsion maïs/cumin, vraiment originale, généreuse et légère, et tellement savoureuse. Les quelques légumes qui accompagnent sont fondants et donnent eux aussi leur meilleur.

Côte et ris de veau d’Hugo Desnoyer, jus acidée et oignons doux des Cévennes

Voilà un plat qui me rappelle un peu l’Arpège. 2 produits, pas de chichis dans l’assiette, des cuissons justes, des saveurs sublimées, une totale réussite.

Sélection de fromages de Bernard Anthony

Si mes souvenirs sont bons, de gauche à droite : brillat-savarin, comté, chèvre (mais ma mémoire pourrait me jouer des tours sur ce plat). A noter que le pain de chez Poujauran servi tout au long du repas fut d’excellente qualité et accompagné de beurre, notamment une version fumée, de chez Bordier. Superbe.

Poire Conférence, mousse légère au fromage blanc, sorber miel/yuzu

Premier dessert, généreux dans l’assiette, le sorbet miel/yuzu est original et apporte un bel équilibre au fromage blanc en mousse légère. Très bon à nouveau.

Figue rôtie au vin rouge, sorbet cassis / basilic

Le meilleur dessert me concernant. A gauche, une figue fondante, tiède, imbibée de ce jus au vin et aux épices. A droite, une quenelle de sorbet (pacossée ?) au cassis/basilic absolument fantastique, révélant avec un équilibre total les 2 saveurs présentes. On en redemanderait presque…

Mignardises

Vous l’aurez constaté, on est ici au croisement d’influences d’un Arpège et d’un Astrance. La simplicité et la mise en valeur du produit, produit de grande qualité bien évidemment, des associations de 2 ou 3 saveurs maximum, présentation épurée dans l’assiette, quelques influences asiatiques… bref, une cuisine déjà bien maîtrisée, en voie de trouver sa propre identité. En dehors de cette petite réserve sur la première entrée, que l’on peut mettre sur le compte de la nouveauté de la carte, ce menu s’est révélé un sans-faute du début à la fin, et d’une grande générosité de plats (10), justifiant le tarif affiché.

En fin de repas, les clients quittant progressivement les lieux, nous avons l’occasion d’échanger d’avantage avec Olivier Le Franc, et un peu plus tard avec le chef, dialogue facile et très agréable, il est vrai qu’on n’arrive pas à cacher notre passion et cela facilite les contacts.

Minuit passé et nous quittons à notre tour l’Agapé, pleinement satisfaits de notre soirée. J’y suis retourné depuis pour déjeuner et en suis sorti avec à nouveau autant de plaisir…

Une adresse qui fait désormais partie de mes incontournables sur Paris.

GoTiquement vôtre,

Laurent V

7 commentaires

  1. ah, ça fait du bien d’avoir un avis sans parti pris ni polémique!
    merci!

  2. On retrouve bien l’esprit Astrance/Arpège (même dans le nom Agapé…), c’est pur et beau, le dormeur est une variation du célèbre et fantastique crabe/avocat de Pascal Barbot qui semble bien agréable… Quand est ce qu’ils ouvrent une annexe à Bordeaux ?

  3. > Chris : you’re welcome. Le plaisir avant tout… et j’en ai pris beaucoup à l’Agapé, à deux rerprises en 2 semaines (j’y retourne semaine prochaine🙂

    > Welter : tout à fait, l’esprit est bien présent et c’est intelligent car les tables proposant ce genre de cuisine (à ce prix) ne sont pas légion sur Paris… propose ta candidature pour déployer le concept sur Bordeaux ?🙂

  4. Je ne sais pas si Bordeaux est prête…. Le magret et l’entrecôte frite sont des icônes ici !
    Mais Bar cru/radis vert/ponzu/frites, pourquoi pas ?! :)))

  5. Ton blog me pose quand même un gros problème : que de frustration !! Tu testes des restos apparemment excellent, cf l’Agape, mais qui sont pour l’instant hors budget me concernant… Tant pis, en attendant, je rêve😉

  6. > Walter : bah, tu dis que les frites vont arriver et tu ne les sers jamais, entre temps, le tour est joué…

    > Aude : au moins nous sommes complémentaires !🙂 – plus sérieusement, la plupart des tables offrent des budgets relativement accessibles (ex. La Gazzetta, 45 euros le menu ; L’Agape : 35 euros au déj ; les tables étoilées belges entre 35 et 75 les menus déj. voir même dégustation pour certains – bon OK, c’est en Belgique)

  7. Sur tes bons conseils, nous sommes allés tester l’Agapé.
    Avons pris le manu l’Agapé (2 demi entrées, 1/2 poisson, 1/2 viande, fromage ou dessert). Accompagné de vins au verre en blind.
    D’accord avec toi : les assiettes sont d’un bon niveau et les vins de qualité au moins égale, voire supérieure.
    En revanche, avons été déçus par le cadre (trop confiné) et le service. Hormis le sommelier, les autres membres ne sont pas au niveau du potentiel de ce restaurant. Dernière table à réclamer l’adition, nous les avons surpris à se dire : « c’est pas trop tôt ! ». Inacceptable quand on a un minimum d’ambition…


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